Les séances récréatives

Longtemps, La Fraternelle résonna des rires et des applaudissements du spectacle donné chaque année par les jeunes du village et des cris joyeux des enfants en colonie de vacances !

Quelques pièces

    • 27 février – 6 mars 1955 (Garçons)
      « Enfants de misère », drame en 3 actes
    • 30 octobre – 6 novembre 1955 (Filles)
      « C’était une inconnue », drame en 4 actes
    • 15 et 22 avril 1956 (Garçons)
    • « Une soirée de gala », drame en 2 actes
    • 8 et 22 septembre 1957 (Filles)
      « Chacun son poste », drame en 3 actes
    • 9 et 16 mars 1958 (Garçons)
      « La fusée », drame en 3 actes
    • 18 et 25 octobre 1959 (Filles)
      « Ça suit », drame en 3 actes
    • 28 février – 8 mars 1960 (Garçons)
      « Le témoin », drame en 3 actes
      « Le commissaire est bon papa », comédie en 1 acte
    • 2 et 9 octobre 1960 (Filles)
      « Robes blanches », drame en 3 actes
    • 26 février – 5 mars 1961 (Garçons)
      « La charité du silence »
      , drame en 3 actes
    • 3 et 10 septembre 1961 (Filles)
      « Christina del Porte », drame en 3 actes
    • 11 et 18 mars 1962 (Garçons)
      « Les bandeaux tombent », drame en 3 actes
    • 1er et 9 septembre 1962 (Filles)
      « La maison sans soleil », drame en 4 actes
    • 3 et 9 février 1963 (Garçons)
      « Le chemin qui monte », drame en 2 actes
      « À qui le neveu », comédie en 2 actes
    • 1er et 8 septembre 1963 (Filles)
      « La combe aux oiseaux », drame en 3 actes
    • 1er et 8 mars 1964 (Garçons)
      « Le drame du Nord-Express », drame en 3 actes
    • 28 février et 7 mars 1965 (Filles)
      « Le pain du Cœur », drame en 3 actes
    • 12 et 19 juin 1966 (Garçons)
      « Cet homme sort de prison », drame en 3 actes

LA FRATERNELLE
Présidente :

Danièle GUILLOT
Tél : 04 76 65 53 00
Cette association a fêté ses 90 ans cette année.
La salle de La Fraternelle peut être louée pour des réunions de famille.

Au début du XXème siècle, les curés, fortement encouragés par le diocèse, développent dans leur paroisse des activités notamment pour les jeunes, ceci afin de les garder en contact avec l’Église, d’assurer le maintien des pratiques religieuses et de les éloigner des loisirs qui se développent au cours de ce siècle. Pour que ces jeunes se sentent concernés et participent à la vie paroissiale, des divertissements non directement religieux sont proposés comme le théâtre, les voyages ou la lecture. Avec les représentations théâtrales où « séances récréatives », la paroisse de Saint-Michel adhéra à cette proposition.

1926
Le projet de l’abbé Élie Juvin de construire une salle des fêtes se réalise enfin, et en 1926, a lieu l’inauguration de ce bâtiment en face de l’église du village. À l’époque, ce fut un évènement très important que d’avoir construit une salle de théâtre, et la population de Saint-Michel en était très fière, à juste titre, avec sa tribune inclinée, sans oublier les nombreux et magnifiques décors de scène.

Les séances récréatives
Très rapidement, les premières séances théâtrales sont données sous les ordres du Directeur de La Fraternelle, l’abbé Durand. Ce sont d’abord les jeunes filles qui jouent, la mixité n’étant pas tolérée. Deux représentions sont données à une semaine d’intervalle, les dimanches après-midi et parfois une 3e séance le samedi en début de soirée. Quand aux « jeunes gens », leur séances récréatives suivront quelques mois plus tard.
Toutes ces représentations sont composées d’un drame (minimum 3 actes), d’une comédie (sketch comique en 1 acte), de chants (ou plus tard de ballets exécutés par des enfants), le tout entrecoupé par un entracte et la vente de friandises.
Le programme de ces représentations est particulièrement choisi par la direction, comme cette pièce jouée au printemps 1929, un drame en 5 actes intitulé « L’heure de Dieu », ou le héros est un prêtre et dont l’histoire se résume dans l’opposition du spiritualisme et du matérialisme. 30 ans plus tard cette règle subsiste, comme ce drame social en 3 actes à l’affiche de la séance donnée par les jeunes filles en octobre 1959, intitulé « Ça suit » et dont le personnage invisible est… le Christ.
Encadrée pendant de nombreuses années par le curé, la jeunesse de Saint-Michel se retrouvait ainsi durant l’hiver pour les répétitions et préparer les séances récréatives du printemps.

L’incendie
C’est par un bel après-midi d’été qu’un incendie se déclara et ravagea entièrement La Fraternelle le jeudi 19 juillet 1945. Comme chaque été, des enfants avaient pris possession de la salle des fêtes pour leur traditionnelle colonie de vacances. Le personnel en charge du repas du soir avait donc allumé le poêle à bois dans les cuisines. Hélas, la cheminée qui avait été malencontreusement bouchée provoqua un incendie, et tout le bâtiment fût en quelques heures la proie des flammes. Heureusement, il n’y eu aucune victime, les petits colons étant de sortie de promenade dans le village. Les pompiers de St-Étienne-de-St-Geoirs furent impuissants et s’efforcèrent en priorité d’épargner des flammes le café de Jeanne Dye situé à proximité de la salle. Les beaux décors de scène disparurent ainsi à jamais dans cet incendie.
La salle restera fermée pendant plus de 2 ans.

30 novembre 1947
Grâce à l’abbé J. Favre, curé de Saint-Michel, La Fraternelle est enfin restaurée. L’inauguration et la bénédiction de la salle paroissiale ont lieu ce dimanche de novembre 1947.

« Oh ! Ce sera moins beau qu’il y a 21 ans (rappelez-vous les anciens), à ce moment là c’était un coup d’éclat… » 

C’est ce que l’on pouvait lire dans le bulletin cantonal de St-Étienne-de-St-Geoirs daté de novembre-décembre 1947.
Pour l’occasion, une séance est donnée par les jeunes filles :
• une comédie, « Faut renvoyer Sophie » ;
• un drame en 3 actes : « La dame au sourire ».
La même séance sera redonnée le dimanche 21 décembre.

La scène
Sur les planches de cette petite scène de théâtre, bordée de chaque coté par 2 étroites coulisses, reposait un vieux tapis de toile de jute pour atténuer le bruit des pas des acteurs. Le mur du fond n’était en fait qu’un décor de bois fin, orné d’une fenêtre et de l’incontournable petite porte qui, trop violemment fermée, faisait vibrer tout cet ensemble. Au centre de cet espace se trouvait la trappe pour accéder au sous-sol et changer entre chaque pièce les décors. Sur l’avant-scène, entre le rideau rouge et la rampe de projecteurs, figurait l′indispensable trou du souffleur, propriété incontestée pendant de nombreuses années du légendaire et assidu Henri Détroyat.

Ainsi, chaque année, des représentations théâtrales seront données à Saint-Michel. Il fallut attendre la fin des années 60 pour voir enfin sur scène des garçons et des filles jouer ensembles.

En janvier 1963, des travaux sont réalisés concernant un escalier de ciment pour accéder à la tribune et au 1er étage du bâtiment (pour remplacer l’escalier de terre boueux et glissant) et un mur du côté de la colline pour délimiter la cour et lui donner un aspect propre et net. 19 jeunes du village donnèrent une journée de travail bénévole. La kermesse du 27 mai devait financer ces travaux. En juillet 1964, un tapis isolant est posé en tribune pour empêcher le bruit des pieds d’incommoder les spectateurs du bas et des fauteuils basculants sont aménagés par les jeunes de Saint-Michel.

Le bénéfice de ces spectacles permettait d’organiser des voyages, comme en août 1964 aux Saintes-Maries-de-la-Mer, en août 1965 à l’Aven d’Orgnac, en août 1966 à Genève avec retour par le lac d’Annecy pour assister au feu d’artifice du 15 août, sans oublier d’autres excursions comme en Italie ou à Paris quelques années plus tard.

Dans les années 70, il n’y a pas assez de comédiens pour monter des pièces de théâtre (la courbe démographique est à son plus bas niveau à Saint-Michel, 203 habitants en 1975). Une entente avec les villages de Brion et Saint-Geoirs permet de poursuivre l’aventure théâtrale, la première séance étant donnée à Saint-Michel, et la seconde à Saint-Geoirs.
Les dernières représentations seront organisées plus laborieusement sans réel responsable, et malgré toute la bonne volonté des jeunes acteurs et actrices, ces derniers ne rivaliseront jamais face aux anciens !

Les années 80 sonneront hélas le glas des dernières pièces de théâtre à Saint-Michel. Un peu plus tard, pour des raisons de normes de sécurité et de commodité, la tribune et les fauteuils basculants seront démontés, le plancher de la salle sera mis sur un seul niveau et la scène et les coulisses ne feront plus qu’un. Mais la salle des fêtes porte toujours bien son nom, cette salle est louée pour des repas de fêtes, des animations et autres réunions de famille…

Demain, peut-être, pourra-t-on voir de nouveau s’ouvrir le rideau sur une nouvelle génération de jeunes acteurs qui auront le désir d’apprendre par cœur un texte pour incarner un rôle, l’envie de venir pendant des mois aux contraignantes répétitions, le courage de vaincre le trac qui paralyse avant d’affronter le public, le plaisir enfin d’avoir participé à l’animation du village en se produisant sur scène.


Sources : Bulletins cantonaux de St-Étienne-de-St-Geoirs – Mars-Avril 1929 à Septembre-Octobre 1964
Papinot J.C. Le Clocher de Civaux ou la Vie de la paroisse, dans Mémoire de Civaux (AAPC), 2014